Le bourrelet de col antérieur ou comment saccager un accouchement parfaitement normal

Voici un scénario que j’entends très fréquemment : une femme est en travail et tout se déroule normalement. Elle commence à pousser lors des contractions et sa sage-femme l’encourage à suivre son corps. Après quelques poussées la sage-femme l’examine pour « voir ce qu’il se passe » et trouve un bourrelet de col en antérieur. Elle dit à la femme d’arrêter de pousser parce qu’elle n’est pas complètement dilatée et risque de déchirer son col ; son corps est en train de lui mentir et ce n’est pas le moment de pousser. La femme est perturbée et prend peur. Elle ne peut pas arrêter de pousser et doit lutter contre son corps ce qui augmente la douleur. Parce qu’elle ne peut pas arrêter de pousser on lui recommande de prendre une péridurale. Une péridurale est posée avec tous les appareils de mesure qui vont avec. Plus tard un autre toucher vaginal déclare que le col est complètement dilaté et une poussée dirigée commence. La fin de l’histoire est classiquement une naissance instrumentale (ventouse ou forceps) liée à la péridurale = poussée dirigée = souffrance fœtale + défaut de progression (bébé mal positionné du fait de la position dorsale et d’une diminution du tonus du plancher pelvien). Le message que la femme retient de son accouchement est que son corps l’a trompée alors qu’en fait c’est la sage-femme (instrument du système) qui l’a trompée. Je ne suis pas en train de pointer du doigt des individus : j’ai été cette sage-femme. Comme la plupart des sages-femmes on m’a appris qu’une femme ne doit pas pousser tant que son col n’est pas complètement dilaté. Cet article vise à remettre en question certains modes de pensée à ce sujet ou plutôt cette absence de sujet.

Anatomie et Physiologie

L’accouchement est un processus physiologique complexe mais très simplement 3 principales étapes existent

  1. Dilatation du col
  2. Rotation du bébé dans le bassin
  3. Descente du bébé dans le bassin

Mais ces étapes n’arrivent pas l’une après l’autre, elles se déroulent toutes en même temps et à des vitesses différentes : pendant que le col se dilate, le bébé tourne et descend aussi.

1 Dilatation du col

Le col ne s’ouvre pas comme décrit dans les livres d’obstétrique : comme un joli cercle régulier qui s’agrandit (Sutton 2001). Il s’ouvre depuis l’arrière vers l’avant avec une forme d’ellipse. L’orifice interne  se retrouve attiré vers le cul de sac postérieur au début du travail et s’ouvre plus tard. A un certain moment du travail la plupart des femmes vont avoir un bourrelet de col en antérieur parce que c’est la dernière partie du col à être tirée vers le haut par-dessus la tête du bébé. Ce bourrelet n’est détecté que si un TV est pratiqué à ce moment. On entend rarement parler de bourrelet postérieur parce que cette partie du col disparait en premier. Ou bien il devient difficile de l’atteindre avec les doigts …

Le col se dilate parce que les fibres musculaires de la partie fundique de l’utérus se rétractent et raccourcissent avec les contractions. Ca tire en ouverture sur le col (Coad 2005). Ceci ne nécessite pas la pression de la présentation (le siège ou la tête du bébé) : parlons de la tête pour l’instant. Cependant, la tête influence la forme que va prendre le en se dilatant autour d’elle. Par exemple une OP bien fléchie (cfA) va créer une ouverture du col plus circulaire. Une OS (plus ou moins défléchie cf B) donnera une forme plus ovale. Pour plus d’infos sur les OP et les OS lire this post . La plupart des bébés seront entre ces deux extrêmes pendant la dilatation du col et changeront de positions pendant leur rotation.

2. Rotation

www.nucleusinc.com

Le bébé entre dans le bassin par le détroit supérieur. Comme vous pouvez voir sur les images ci-dessus ceci est plus facile avec la tête en position transverse. Pendant que le bébé descend dans le bassin la tête va être asynclite avec un des os pariétal comme guide. Ceci parce que la forme du bassin nécessite que le bébé rentre en biais. (cf image de droite). Une fois dans le bassin la tête a la place de tourner dans une bonne position pour le détroit inférieur ce qui est habituellement l’OP. La rotation est aidée par le plancher pelvien et souvent par la poussée.

3. La descente : Le reflexe expulsif

Le reflexe expulsif… et je parle de la poussée spontanée, gutturale, irrépressible…se déclenche quand la présentation descend dans le vagin et appuie sur le rectum et sur le plancher pelvien. On l’appelle le « reflexe de ferguson »- probablement d’après un homme. Ce reflexe ne dépend pas de l’état du col mais de où et comment la tête du bébé est placée. Donc si la tête du bébé touche le bon endroit avant que le col ait fini de se dilater la femme va spontanément commencer à pousser. On assiste très fréquemment à un autre scénario lorsque le col est complètement dilaté mais le bébé pas encore assez descendu pour déclencher la poussée. Malheureusement nombreux sont les praticiens qui vont dire à la femme de pousser et créer des problèmes au lieu d’attendre la descente du bébé et la poussée spontanée.

Pousser avant la dilatation complète

Lorsque nous ne disons pas aux femmes de pousser, elles vont pousser lorsque leur corps en aura besoin. Si nous dirigeons la poussée nous risquons d’aller contre la physiologie de l’accouchement et de créer des problèmes ( lire :  previous post ). La poussée spontanée avant la dilatation complète est une aide normale et physiologique quand :

  1. La tête du bébé descend dans le vagin avant que le col ne soit complètement dilaté : dans ce cas la poussée va aider le bébé à descendre au-delà du col et à repousser celui-ci.
  2. Le bébé est en OS et la partie proéminente de son occiput (partie arrière de la tête) appuie sur le rectum. Pour une OP cette partie de la tête est contre la symphyse pubienne et le bébé doit descendre plus bas avant d’appuyer sur le rectum avec la partie avant de la tête. Dans le cas d’une OS, la poussée peut aider la rotation vers une position en OP.

Je suis encore en train de chercher des preuves montrant que pousser sur un col incomplètement dilaté va abimer celui-ci. On me l’a dit très souvent mais je ne l’ai jamais constaté. J’ai rencontré des cols oedématiés (la plupart chez des femmes ayant une péridurale et peu promptes à bouger). Mais, ceux-ci arrivant sans aucune poussée. Je peux comprendre comment une poussée dirigée, forte (agrémentée de syntocinon) peut abimer un col. Mais je ne vois pas comment une femme pourrait se blesser elle-même en suivant sa poussée spontanée. A bien des égards, les arguments concernant « pousser ou ne pas pousser » sont inutiles car une fois que le réflexe de Ferguson prend le relais, il est hors de contrôle. Vous pouvez soit laisser faire, soit commander à la femme de faire ce qu’elle ne peut pas faire : arrêter de pousser.

Occasionnellement, les femmes vont se plaindre de douleurs associées à ce bourrelet de col pincé entre la tête du bébé et la symphyse pubienne pendant une contraction avec poussée. Dans ce cas, la femme peut être incitée à se placer dans une position qui va alléger la pression sur le col (en se penchant en arrière). Les femmes qu’on ne dérange pas pendant leur accouchement font souvent ça instinctivement. Récemment, lors d’une naissance dans l’eau, une maman(1er bébé) qui avait poussé à 4 pattes spontanément depuis un moment s’était mise sur le dos. Un peu plus tard elle me demanda de regarder où était le bébé (pour elle, pas pour moi). Le bébé n’était pas très loin avec un large et épais bourrelet de col devant sa tête. La mère le sentait aussi et continua à pousser comme avant. Sa fille est née à peu près 30 mins après.

Suggestions

Evitez les TV pendant le travail. Ce que vous ne savez pas peut vous influencer ou quelqu’un d’autre présent à ce moment. Les TV sont une méthode peu fiable pour mesurer l’évolution du travail, et la chronologie (vitesse de dilatation, temps de pause autorisés aux différents stades etc..) prescrite pendant le travail n’est pas prouvées scientifiquement. (lire cet article :   this post )

Ignorez les poussées et ne prononcez pas les mots « poussez » ou « poussée » pendant un accouchement. Poser des questions ou bien donner des directions dérange la femme dans ses instincts. Par exemple demander à une femme « est-ce que ça pousse ? » va l’entrainer à se demander « suis-je en train de pousser ? devrais-je ? » Penser et se poser des questions va à l’encontre de la production d’ocytocine et donc de la naissance. Si elle pousse laissez la faire et chut ! Pour plus d’infos sur la poussée en général et (un super lien audio par Gloria Lemay lire cet article :  this post)

Ne dites pas aux femmes d’arrêter de pousser. Si une femme pousse spontanément (sans que vous l’ayez coaché) elle sera incapable de s’arrêter. Pousser va l’aider à faire «  avancer son accouchement »). Lui dire de ne pas pousser lui retire son autonomie et sa puissance de femme qui accouche (avec son savoir inné et physiologique) et suggère que son corps la trompe. En plus après s’être battue contre cette envie de pousser elle va sans doute trouver difficile de suivre son corps et de pousser lorsqu’on le  lui aura permis. (Bergstrom 1997).

Si une femme pousse spontanément depuis un certain temps avec une douleur excessive (souvent sur le pubis) elle a sans doute un bourrelet de col antérieur pincé contre la symphyse pubienne. Cela ne nécessite pas un TV pour le vérifier (sauf si elle vous le demande) Si vous suspectez ou avez confirmation d’un bourrelet de col antérieur

  • Rassurer la qu’elle a fait beaucoup de chemin et qu’il ne reste plus qu’un petit peu.
  • Demandez lui de laisser son corps faire ce dont il a besoin , mais sans forcer la poussée
  • Aidez là à prendre une position qui va soulager la pression sur le col et être plus confortable (souvent une position penchée en arrière)
  • Si la situation perdure et devient pesante et stressante, vous pouvez, pendant une contraction, faire une pression sus pubienne pour aider le col à remonter et « ascencionner » dans le segment inférieur.
  • Si la femme demande plus d’aide on peut repousser le bourrelet de col manuellement au dessus de la tête du bébé. Mais c’est très désagréable pour elle.

Note : cette situation de col pincé est rare et habituellement un bourrelet de col s’efface simplement sans aucun problème associé.

Résumé

Un bourrelet de col antérieur est un phénomène normal lors d’un accouchement. Cela ne nécessite pas d’acte ou de surveillance particulière et mieux vaut qu’il ne soit pas diagnostiqué. Les complications associées à un bourrelet de col sont liées à son diagnostic et à la façon de le traiter comme si c’était un problème.

You can read this post in English here

À propos de midwifethinking

independent midwife, lecturer and student of all things birthy
Ce contenu a été publié dans Uncategorized. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

10 réponses à Le bourrelet de col antérieur ou comment saccager un accouchement parfaitement normal

  1. sophie dit :

    j’ai eu exactement sa arriver au terme mon fils était toujours très haut j’ai étai a j+3 de mon terme il mon déclencher mes col dilater complétement il on essayer de le faire descendre dans mon bassin mes impossible j’ai eu un bourler suivi un forceps et je doit dire que ce nés pas très agréable surtout que c’est suivi une episiotomi

  2. bonjour,
    merci por ce post, je pratique les aad depuis 8 ans, j’ai souvent constaté ce phénomène et ai toujours eu pour habitude de ne pas intervenir, cet article me fait du bien et me conforte dans mes convistions.

  3. Laurie dit :

    J’ai vécue cela a mon accouchement, J’étais dans l’eau à mon domicile avec ma sage-femme quand j’ai senti le besoin de pousser. Ma sage-femme a vérifié mon col, il n’était dilaté qu’a 7cm. Elle ma demandé de me retenir de pousser. De plus mon bébé fesais face a mon pubis. Avec des exerisses de respiration j’ai pu me calmer et me retenir pour quelques contractions, mais l’envie de pousser était trop puissante alors j’ai poussé par moment. Pendant ce temps je balancais mes hanches dans tout les sens, je ne supportait pas de rien faire pendant que je me retenais de pousser. Puis après une 20 aine de minute je n’en pouvais plus alors j’ai laissé mon corps aller. Quel soulagement de pousser spontanément quand mon corps me l’indiquait. J’était à quatres pates pour deux contractions, pendant celles-ci mon bébé c’est engagé puis à la troisième contraction je me suis tourner sur le dos et penché vers l’arrière et mon bébé à couronné. Puis est née. Au total 15 min de pousser et trois contractions. Je me sentait comme une vrai championne. J’avais faites pleins de recherche sur l’accouchement et ce que j’avais le plus retenue c’était de laisser mon corps me guider. J’ai vraiment eu un accouchement de rêve. Naturel, à la maison, dans l’eau, avec ma merveilleuse accompagnatrice qui nous a soutenue tout les trois(mon mari, mon bébé et moi).

  4. merci! tres intructif, on dirai que le périnée se dilate de la meme facon que le col (sur les vidéo , je ne suis pas sf) la tete appuie fort dessus mais il est ouvert a 3-4 cm , c’est impressionnant d’ailleurs le bombage , on dirai que ca va se déchirer, mais non avec un peu de patience il s’ouvre! c’est magique!
    par contre je trouve qu’il y a une truc qui m’insurporte , c’est quand tout le monde autour de la maman parle fort, ou encore l’interpelle au moment du dernier passage de la tete et des épaules, en disant « il est bientot la, regarde, prend le, touche le » je trouve que ce passage est explosif dans notre corps et dans notre tete , car notre corps est en train de finir d’expulser le bébé, c’est incontrolable, et intense,et que la derniere chose dont on est besoin c’est qu’on nous interpelle, je me souviens pour mon premier, ca m’est arrivé, pour « finir de le sortir, j’e n’avais pas de peri et mon cerveau était completemnt perché, j’avais décidée de laisser aller tout mon corps pour « lacher », et l’aide soignante m’a tapoter pour me dire de finir de sortir mon bébé ,et bien c’était vraiment désagréable, d’autant que le placenta à suivi le bébé , alors j’étais encore dans cette intensité physique d’expulsion enfin cétait etrange ca c’est passé si vite, j’étais completement « étourdie » et tout le monde me parlait ! pour ma deuxieme, j’ai ressentit exactement les meme choses, sauf que c’etait encore plus intense, et comme j’étais accroupie , la petite a du rester au sol quelque bonne minute, le placenta est sortie de suite et il ma fallu vraiment quelque longue minute pour pouvoir me reprendre de ces effort expulsifs et et de remettre mon cerveau a l’endroit :) ma sage femme avait tt de suite saisi la chose, je n’ai eu que ma fille 10 min apres dans les bras une fois allonger dans mon lit, la naissance s’était passer chez moi dans la pénombre et en chuchotant ce fut l’idéal pour moi.

  5. Marie dit :

    Lors d’un de mes accouchements, sans péri, avec baignoire et quasi sans monito (la sage-femme était cool), je monte sur la table d’accouchement (le gygy était moins cool) et à la 4ème poussée, il m’asticote un truc en dedans sans prévenir et sans que je le vois venir : « hey qu’est-ce que vous faites !? » lui : « il reste un bourrelet sur le col, ça va aller + vite si j’interviens ». Je n’avais aucune espèce d’idée de ce qu’était un bourrelet sur le col, mais j’avais tout fait toute seule jusque là, alors, je lui ai dit « vous voulez bien enlever votre main de là ! ». Il s’est exécuté mais il était vexé comme un pou ! Merci pour cet article très instructif. A mettre entre toutes les mains : )

  6. sophie dit :

    peridurale n’est pas synonyme d’accoucher par ventouse ou forceps ! ni même d’episiotomie ! j’ai eu la peridurale et un accouchement que je considere comme parfait ;)

  7. evrardanne dit :

    Magnifique article….Anne, sage-femme….

  8. excellent article, merci beaucoup

  9. Mina dit :

    très bon article (même si je n’ai pas forcément tout compris), mais lors de mon accouchement, on m’a dit (Sage femme) de surtout arrêter de pousser à un moment, car (je l’ai su après), mon fils avait le cordon enroulé deux fois autour de son cou et donc son rythme cardiaque baissait dangereusement à chaque poussée (selon mon mari qui suivait le monitoring, car moi, je n’ai rien calculé de ces heures passées lors de l’accouchement…).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s